EPI ATEX : comprendre le risque et choisir les bons équipements
Dans certains environnements industriels, une simple étincelle suffit à déclencher une explosion. Raffineries, usines chimiques, stations d'épuration, silos agricoles, mines : partout où des gaz inflammables, des vapeurs ou des poussières combustibles peuvent se former, le risque ATEX est présent. Et avec lui, des exigences très strictes sur les équipements utilisés — y compris les EPI.
Qu'est-ce qu'une zone ATEX ?
ATEX est l'acronyme d'ATmosphère EXplosive. Une atmosphère explosive se forme lorsqu'un mélange de substances inflammables — gaz, vapeurs, brouillards ou poussières — se combine avec l'air dans des proportions suffisantes pour s'enflammer au contact d'une source d'ignition.
La réglementation européenne encadre ce risque via deux directives :
- La directive 2014/34/UE (dite ATEX équipements), qui régit la conception et la certification des équipements destinés à être utilisés en zone explosive.
- La directive 2009/104/CE et, en France, le décret du 19 novembre 1996 transposé dans le Code du travail (articles R.4227-42 et suivants), qui imposent aux employeurs d'évaluer les risques, de délimiter les zones et de mettre en place les mesures de protection adaptées.
L'employeur est tenu d'établir un Document de Protection contre les Explosions (DPPE), qui recense les zones à risque et définit les mesures organisationnelles et techniques à mettre en œuvre.
Le classement des zones ATEX
Les zones ATEX sont classées selon la fréquence et la durée de présence de l'atmosphère explosive :
Pour les gaz et vapeurs :
- Zone 0 : atmosphère explosive présente en permanence ou de façon prolongée
- Zone 1 : atmosphère explosive susceptible de se former occasionnellement
- Zone 2 : atmosphère explosive peu probable, et si elle se forme, de courte durée
Pour les poussières combustibles :
- Zone 20, 21, 22 : même logique de gradation appliquée aux nuages de poussières
Plus la zone est critique (0 ou 20), plus les exigences sur les équipements sont élevées.
Les EPI en zone ATEX : une catégorie à part
Les EPI utilisés en zone ATEX ne sont pas de simples équipements de protection individuelle standard. Ils doivent être conçus pour ne pas constituer eux-mêmes une source d'ignition — ce qui impose des contraintes très spécifiques sur les matériaux, les propriétés antistatiques et la conception.
Vêtements de protection antistatiques
Les vêtements portés en zone ATEX doivent être antistatiques (conformes à la norme EN 1149-5) pour éviter l'accumulation de charges électrostatiques susceptibles de générer une étincelle. Les fibres synthétiques classiques sont proscrites. Les combinaisons certifiées pour les zones ATEX intègrent des fils conducteurs tissés dans le textile pour dissiper les charges.
Attention : un vêtement antistatique ne protège pas contre les flammes. Si la zone présente également un risque d'arc électrique ou de projection de substances en feu, des protections ignifugées certifiées EN ISO 11612 sont nécessaires en complément.
Chaussures et gants antistatiques
Les chaussures portées en zone ATEX doivent présenter une résistance électrique contrôlée (norme EN ISO 20345, propriété antistatique notée "A"). Même logique pour les gants : certaines interventions imposent des gants à propriétés antistatiques compatibles avec le classement de la zone.
Appareils de protection respiratoire
En zone ATEX, si une protection respiratoire est nécessaire (atmosphère viciée, présence de gaz toxiques), les ARI ou masques utilisés doivent également être compatibles avec l'environnement explosif. Cela concerne notamment les composants électroniques intégrés (batteries, alarmes) qui doivent être certifiés pour la zone concernée.
Éclairage et équipements électroniques portés
Les détecteurs de gaz portables, lampes frontales, équipements de communication : tout équipement électronique porté par l'intervenant en zone ATEX doit porter le marquage Ex et être certifié pour la catégorie de zone correspondante. Un détecteur de gaz standard, même performant, est interdit en zone 0 ou 1 s'il n'est pas certifié ATEX.
Comment lire le marquage ATEX d'un équipement ?
Le marquage ATEX d'un équipement suit une structure normalisée. Par exemple :
⟨Ex⟩ II 2G Ex d IIC T4 Gb
- ⟨Ex⟩ : symbole indiquant la certification ATEX
- II : groupe d'équipement (I = mines, II = autres industries)
- 2G : catégorie (1, 2 ou 3) et type d'atmosphère (G = gaz, D = poussières)
- Ex d : mode de protection (ici : enveloppe antidéflagrante)
- IIC : groupe de gaz (IIA, IIB, IIC selon l'inflammabilité)
- T4 : classe de température (température maximale de surface)
- Gb : niveau de protection des équipements
Savoir lire ce marquage est indispensable pour s'assurer qu'un EPI ou un équipement est adapté à la zone dans laquelle il sera utilisé.
Ce que l'employeur doit mettre en place
Au-delà du choix des équipements, intervenir en zone ATEX impose une organisation rigoureuse : formation spécifique des intervenants, permis de feu pour les travaux par points chauds, procédures de consignation, et vérification systématique des équipements avant chaque intervention.
La formation au risque ATEX n'est pas réglementairement obligatoire sous une forme standardisée unique, mais elle est fortement recommandée — et souvent exigée par les donneurs d'ordre — pour toute personne amenée à intervenir en zone classée.

